La compatibilité de l’IEF et du travail familial

Le titre expliquera certainement la disparition du paysage de mes petits articles de plus en plus rares. Est-il possible d’articuler le travail rémunéré et la continuation d’un IEF en bonne et due forme, c’est à dire en ce qui nous concerne, avec un suivi régulier, et des activités quotidiennes ? C’est ce que nous tentons de faire depuis un mois , après l’ouverture du café-librairie et de l’épicerie zéro-déchet. Bien entendu nous sommes un couple, et il est pour nous évident que l’aventure tentée serait inenvisageable dans d’autres conditions. Après plusieurs années d’ief féminin et solo, j’ai passé le relais à mi-temps à l’homme de la maison. Autrement dit, c’est toujours moi qui fourni le programme hebdomadaire, qui fais les nouvelles présentations -nous en somme au Récit du « Grand fleuve », j’y reviendrais), mais c’est l’homme qui, bien souvent désormais, se charge de l’application du programme. Le matin est donc guidé soit par le papa, soit par la maman les jours de relâche au café. Deux avantages immédiats : 1 : nous n’avons pas le temps de nous ennuyer à l’épicerie, loin du fiston et des années de liberté, puisqu’un jour sur deux nous échangeons les rôles, 2 : le fiston découvre une nouvelle relation avec son père, une autre sensibilité, et cela lui fait beaucoup de bien. Car papa, pour une fois, n’est pas seulement le compagnon de jeux ou de jardin, mais aussi celui qui impose une certaine exigence de travail. Nous n’avons rien lâché sur l’essentiel : préserver Bourgeon d’une effacement de ses parents au profit d’un travail, préserver l’instruction en famille. Mais nous avons improvisé une nouvelle partition musicale qui joue comme un trio. Je commence à sentir la différence, je goûte une certaine nouvelle liberté de pouvoir côtoyer des adultes, j’apprends à ne plus tout contrôler sur les activités…bref : je suis aussi à l’école !

Pour articuler tout ça, et que personne ne se sente lésé, nous avons opté pour une espèce de double mi-temps, histoire dans quelques mois de parvenir à 1 plein temps familial. Car deux pleins temps, c’était la mise à l’école…

Enfin il nous arrive les jours « chauds » d’emporter au café les activités à faire… Et cela ne se passe pas si mal ma foi. Bien que je reste convaincue que la maison reste l’endroit privilégié, ne serait ce que par la présence de tout notre matériel sous la main.

Il me reste encore à retrouver un rythme pour : faire le ménage, le pain, le jardin, construire la maison…tout cela en famille et dans la bonne humeur. Leçon numéro 1 : ne pas se laisser dépasser ! Leçon numéro 2 : rester souple comme les roseaux dans le vent. Enfin il est tout à fait clair que nous ne sommes pas aidés pour le moment, avec notre location bien trop loin du travail. Nous cherchons la caravane idéale à poser sur le terrain…en attendant de pouvoir construire.

Au bilan : c’est l’aventure, c’est l’inconnu, et comme toujours cela me motive bien plus que la routine qui m’exaspère depuis toujours.

 

Un petit cerveau particulier ?

Ce n’était peut être pas spécialement le bon moment de se poser ce type de question, en pleine agitation et reconstruction de rythme, mais il faut parfois être lucide malgré les remous de surface. Nous buttons tellement sur certaines attitudes de Bourgeon depuis des années (et il suffit de relire le blog pour s’en rendre compte), qu’il faut bien à un moment poser la question, et si Bourgeon avait un fonctionnement de cervelle un peu particulier ? Plusieurs gouttes d’eau ont fait déborder le vase cette semaine :  sa façon de lire son livre après son retour de vacances : d’un seul coup je l’ai VU balayer les mots du regard (global, photographie), et me prononcer les lettres vues dans un ordre totalement aléatoire, comme si son cerveau n’avait pas (plus !) la capacité d’ordonner la sens de lecture. Alors qu’il sait lire. (il omettait systématiquement la première lettre, ou inversait les syllabes), ce qui m’a obligée à poser le doigt sur chaque lettre. Et a fini (encore) en crise mémorable) (« je suis nul »). Des crises d’une rare intensité avec des petits copains (incapable, mais vraiment incapable, de gérer son excitation, au point de devoir le ceinturer et l’éloigner). Me balancer un bol de thé sur les genoux. Et là, je me suis dit, non, vraiment, il y a autre chose que des difficultés passagères. Il a un fonctionnement qui m’échappe, et qui LUI échappe. Des heures de négociation pour tout, pour chaque règle de la maisonnée. J’ai donc cherché, et lu…et voilà ce que j’ai lu, questions auxquelles j’ai tenté de répondre avec le plus d’honnêteté possible (disons que parfois je suis tellement désappointée et énervée par ce qui se passe dans l’attitude de Bourgeon, que je pourrai être tentée d’empirer le tableau) :

Ce sont donc des enfants qui font preuve d’une importante susceptibilité et qui peuvent avoir des réactions violentes et spectaculaires. Lorsque les crises arrivent, le mieux est d’attendre sans rien dire, la discussion aura lieu dans un second temps.

-sont aussi des enfants qui sont très sensibles à l’injustice. 

-Ce sont des enfants qui peuvent aussi facilement capter les émotions des autres, parfois même les anticiper, avant la moindre manifestation de quoi que ce soit.

Ils sont très sensibles aux conflits familiaux.

Ils font preuve d’une grande lucidité sur leur environnement et sur eux-mêmes.

Ils sont dotés d’une hyperréceptivité émotionnelle.

-L’enfant prend les mots au pied de la lettre. Il a besoin de tout comprendre, il a une impérieuse nécessité de précision absolue. Tout doit avoir un sens, il ne peut se contenter du flou et ne supporte pas l’incertitude. 

-Il va fonctionner par associations d’idées et avoir des idées qui s’enchaînent sans fin. Il a donc impérieusement besoin d’un cadre pour s’organiser. Cette pensée hors du cadre établi, divergente, intuitive et créative est d’une très grande puissance. 

-Sa pensée est toujours en marche, sa réactivité émotionnelle est très importante : son cerveau n’a pas de repos et il a du mal à sélectionner les informations à retenir. 

-Il peut donc être très intelligent mais maladroit, très intelligent mais se comporter comme un bébé, très intelligent mais s’ennuyer, très intelligent et en rupture sociale par rapports à ses parents ou aux enfants de son âge. 

-Il peut manifester aussi des troubles oppositionnels (toujours en conflit) et/ou agressifs ainsi que des troubles psychosomatiques

– Il veut tout tout de suite, il est perfectionniste, exigeant avec lui-même et entier.  Il ne supporte pas l’échec et va donc négocier tout le temps pour obtenir ce qu’il veut en utilisant, par exemple, la technique de l’usure pour trouver la faille chez le parent. 

-Comme il est d’une sensibilité extrême, il perçoit tout et tout le touche. Il perçoit aussi souvent des signes que les autres ne perçoivent pas et les interprète de façon négative d’où des colères, de l’aggressivité, de la violence.  Ils sont plus sensibles que les autres aux critiques et sont profondément atteints par elles. ils sont donc mal protégés et se trouvent dans une grande souffrance. De plus, leurs émotions sont souvent en montagnes russes : ils peuvent rapidement passer des rires aux larmes et vice-versa. l’affectif est présent partout et tout le temps 

-De plus, s’il ne comprend pas ce qu’on attend de lui, il ne sera pas efficace. Il se sentira alors nul et incapable, manquera de confiance en soi et sera peu sûr de lui. Il baissera les bras et abandonnera par manque de confiance en lui.

-Toutes les informations prises dans l’environnement sont traitées par le cerveau simultanément sans hiérarchie (l’enfant peut ainsi se bloquer ou se laisser captiver par rapport à du bruit, une odeur, que d’autres n’ont pas perçu…)

-les émotions interviennent toujours, dans chaque tache, et sont exacerbées

-ils sont très sensibles à ce qu’on appelle l’effet « pygmalion négatif »

-pour s’investir intellectuellement, il leur est indispensable de s’investir physiquement (il a besoin pour être attentif de faire plusieurs choses en même temps : bouger, mâchonner un crayon, tourner ses stylos dans les doigts…)

-les taches trop simples n’enclenchent pas le processus cognitif

-l’enfant ne sait pas comment sélectionner les informations pertinentes dans l’afflux de données activées dans son cerveau, entrainant également une dérive des pensées, chacune ouvrant un nouveau « tiroir »

-la recherche du sens, de l’exactitude, la maitrise des choses est primordiale pour eux, mais entraine beaucoup d’angoisse.

ils veulent toujours avoir le dernier mot, discutant out, remettant  toutes les règles et conclusions en question tout le temps

-ils peuvent donner l’impression d’être trop surs d’eux, et en même temps être extrêmement critiques envers eux-mêmes. Ils acceptent très mal leurs difficultés.

 

J’ai omis volontairement les paragraphes qui ne lui correspondent pas, mais pour toutes ces affirmations, je peux écrire « oui » cela lui correspond. Parait qu’on les surnomme des zèbres ces enfants là, au cerveau particulier…Si c’est la cas, il va bien falloir que j’en tienne compte, mais personnellement je m’en serais bien passée…En tout cas, cela m’éclaire un peu certaines chose, et va (encore) m’obliger à travailler différemment avec Bourgeon. Et je me contrefiche qu’il soit ou non cela, je suis juste contente d’avoir trouvé une piste de réflexion pour l’aider au lieu de tout terminer en crises interminables.


Le saut de l’ange

Vous connaissez ces moments où l’on se sent posés sur un fil de rasoir, juste sur la lame, là où l’on doit marcher droit et en équilibre ? Le moment où il faudra bien poser le pied sur le rien et hop…marcher sur le vide ? C’est aujourd’hui pour moi. Je savoure ma fatigue des derniers jours, je respire l’odeur de ce thé vert en écrivant. Mettre de l’ordre dans ce dernier moment avant…Aujourd’hui, c’est l’aboutissement de 10 ans de rêves, de ratés, de découragements, d’espoirs. Lorsque j’ai quitté la bibliothèque où je travaillais, j’avais ce lieu dans l’idée : un café-librairie, quelque chose de protéiforme et d’inventif, où tout serait surprise, y compris pour moi ! Car il n’y a rien, je crois, qui puisse plus m’ennuyer que les lieux où les choses adviennent de la même façon jours après jours. Comme on le fait si bien en bibliothèque.  J’ose espérer que Le Silo sera ce lieu où tout est neuf chaque jour, où chaque passant sera une rencontre au sens noble du terme.

Un peu de peur peut être avant le grand saut. Il serait téméraire de ne pas en avoir.

Beaucoup de fierté aussi de tout ce travail accompli. (Une bonne claque pour la petite voix qui dit parfois « tu ne va pas y arriver »)

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Le Silo est là. Cet après-midi, ce sera le début d’une folie née il y a dix ans. Une folie que je n’aurai jamais réalisée sans la présence, l’inventivité , et l’art de l’improvisation de l’homme de la maison.

Activités nature : la trouvaille du mois

La découverte du mois, faite en librairie, comme souvent en flânant pour trouver tout autre chose…exactement ce qu’il fallait à notre aventurier en herbe.  Ce livre est à l’origine destiné à des enfants plus âgés (7/8 ans ?), mais un 6 ans comme le notre, élevé à l’herbe des prés, nourri à la rosée du matin, et soigné  aux étoiles de l’été, est parfaitement prêt pour la plupart des activités du livre. A chacun d’adapter en fonction de sa vie courante…L’ouvrage commence par une plongée scientifique dans la nature. On y trouvera les formes des empreintes animales, les déjections (depuis le temps que Bourgeon me réclame un « crottoscope » pour compléter son empreintoscope, le voilà comblé), les plantes et champignons courants, la vie des arbres, les animaux et insectes des campagnes, les rapaces en vol…etc. La seconde partie est plus pratique. Reconnaissance des étoiles, construction de cabane, fabrication de torches et lampes à huile, construction de moulins, parachutes, hélices et autres lanceurs, instruments de musique naturels. Enfin la dernière partie concerne plus ceux qui font de l’immersion en pleine nature (en famille, ou en camps de jeunes) : cartes topo, pêche, feu de camp, météo…pour conclure le livre, l’auteur a également laissé un espace à l’utilisation correcte des outils. Bref : un véritable manuel qui va déjà grandement nourrir notre sauvage et son père.

Le manuel du jeune aventurier : exploration et découverte de la nature / Claude Lux (ed. Vigot); 187 p.

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Ce livre vient juste s’insérer à côté de son frère, un ouvrage que je vais également recommander très chaleureusement : Art de vie sauvage, gestes premiers / Kim Pasche et Bernard Bertrand avec des photos des auteurs (ed. du Terran); 231 p.

livre_Arts-de-vie-sauvage_p1L’un des auteurs tient un blog et anime régulièrement des stages : Gens des bois.

Ici, on ne joue plus aux aventuriers, on se faufile doucement dans la peau de celui qui vit vraiment au quotidien avec les techniques les plus simples utilisées depuis la nuit des temps par l’homme pour assurer ses besoins de bases : le feu, le travail des fibres (cordes et filets), les colles naturelles, les contenants de plein air, les arcs…Un ouvrage qui m’a parlé avec beaucoup de force, et dont l’introduction a le mérite de rappeler des choses essentielles : profiter des acquis des centaines de générations précédentes, les transmettre pour réacquérir de nouveaux outils. Une quasi évidence qui vient s’immiscer parfaitement dans ma réflexion sur l’instruction en famille (que transmettons nous, pourquoi transmettons nous ?), la cohérence et l’harmonie, le zéro déchet…Un livre que je compte bien prendre le temps de mettre en pratique, et qui va nous servir sous peu avec Bourgeon lorsque nous nous attaquerons au troisième grand récit. Que disait Maria Montessori à ce sujet déjà ? Ah oui : parler des besoins fondamentaux de l’être humain, en les mettant en pratique…Et bien voilà du pain (au levain) sur la planche !!!

Petite cerise sur le gâteau : la qualité et la poésie des photographies : gestes que l’on sent lents et précis, nature attrapée au vol comme dans un haïku, beauté des matières…

Livres : la revue du mois en lien avec le second Grand récit

Ida, vous connaissez ? Une petite primate vieille de 47 millions d’année, retrouvée fossilisée dans le lac de Messel en Allemagne. Voici son histoire, écrite pour les enfants, une histoire vivante, illustrée de planches réalistes et fines. La partie romancée est touchante, et permet aux enfants de s’approprier la vie si lointaine de ce petit primate, ainsi que de comprendre comment on a bien pu retrouver ses restes si longtemps après. Enfin, les auteurs rentrent dans les détails scientifiques de la recherche paléontologique, quittant leur habit de conteurs pour reprendre celui du scientifique.

47944La découverte du fossile est doublement intrigante, non seulement par le côté exceptionnel du site de Messel, dont les émanations toxiques de gaz volcanique jaillissant d’un lac ont tué des centaines d’animaux d’une même période, dont énormément de volatiles, mais également par l’originalité de la trouvaille en question. Les paléontologues n’ont pas trouvé Ida dans le lit de l’ancien lac de Messel, mais sur l’étal d’un marchand de fossiles. L’Etat allemand n’ayant jamais interdit la fouille sur le site, des centaines de fossiles ont ainsi échappés aux musées et aux chercheurs. Ils racontent là leur excitation de chercheurs face à cette exceptionnelle découverte d’un primate inconnu. A lire, relire, et à relier de toute urgence avec le second grand Récit Montessori !

Ida, l’extraordinaire histoire d’un primate vieux de 47 millions d’années / Torstein Helleve, Jorn Hurum; ill. Esther van Hulsen (Albin michel jeunesse)

9782203098923Animalium / Katie Scott, Jenny Broom (Casterman)

Encore des planches dignes d’Audubon pour cet immense livre (oui, il prend beaucoup de place en hauteur sur les étagères, ce qui permet de profiter pleinement des illustration.) qui aide les enfants à saisir la classification animale. En première page, l’arbre de vie du phyllum animal. Ensuite, chaque branche est décrite à travers quelques exemples phare d’animaux la représentant. Dans la même série, je recommande très vivement également Botanicum des mêmes auteurs, qui retrace la branche des plantes.

9782203102125 9782203102125_3(la planche des conifères)

Les intuitions de Maria Montessori sur les 6-12 ans.

Un vieux brouillon enterré que j’avais oublié d’exhumer de la cave…et qui n’a pas perdu de sa pertinence, bien que nous ayons depuis fait de nouveaux choix en matière d’organisation, justement à cause de cette entrée en « 6-12 », qui n’est pas juste une vue de l’esprit, tout du moins chez nous.

Nous avions fêté notre « non-rentrée » en septembre 2016, comme on dit dans le milieu IEF, avec une certaine nonchalance : je ne savais même pas que le 1er septembre était le jour officiel de la rentrée des enfants à l’école. Nous avions donc fait comme d’habitude, des activités Montessori le matin, et une longue marche en forêt avec des feuilles à dessin et l’appareil photo que Bourgeon voulait tester. Je me suis mieux expliqué le regard mi-figue mi-raisin d’un vieux promeneur que nous avons croisé après coup, lorsque j’ai réalisé que Bourgeon « aurait du être en CP » ce jour là…Et nous étions là, entrain de dessiner des chevaux assis sur le bord de la route, à profiter du soleil cette magnifique fin d’été, sans autre préoccupation que l’instant présent.

IMGP0018(Bourgeon entrain de dessiner un vieil arbre mort et penché dont la fourche s’est coincée dans un autre)

 

Nous venions de repasser devant notre rocher (que nous appelons pompeusement la « grotte ») sur lequel nous avions dessiné au printemps à la manière préhistorique : pigments d’ocre et de cendre de vigne, huile d’olive, pinceaux en poils (de chiens !) et en genêts écrasés. Expérience intéressante que celle de faire « comme » à la préhistoire, je pense que les enfants s’approprient mieux leur histoire lointaine en faisant avec les mains avant tout.

 

IMGP0043(vous distinguez le petit cheval tacheté sur la paroi ?)

Enfin nous avons achevé la marche en allant dire bonjour au platane de Bourgeon, platane qu’il vient voir toute l’année, à chaque marche, et qu’il apprend à aimer et observer avec attention.

IMGP0076(Voici Bourgeon et son platane, qui étonnamment n’a pas fait le moindre fruit cette année)

 

 

 

 

 

 

Nous allons cette année changer radicalement de façon de travailler, en suivant les intuitions et observations de Maria Montessori sur le plan de développement des enfants. Le 6-12 ans, c’est un nouveau monde qui s’offre autant à moi qu’à Bourgeon, qui pour sa part y est déjà entré à grand fracas depuis quelques mois. Pour ma part, je n’y étais pas préparée du tout, et cela a apporté des tensions sérieuses entre nous. Jusqu’ à ce que je me replonge dans Montessori avec un peu plus d’attention. Je ronronnais tranquillement depuis ses 3 ans, alors forcément, j’avais perdu l’habitude des grands questionnements. Bourgeon, lui, n’a pas sagement attendu d’arriver à la limite fatidique du 6-12 ans pour ressentir en lui de nouveaux besoins.

Un besoin accru d’autonomie (encore entravé par certains traits de caractères plus spécifiques au 3-6 ans), le besoin de contacts sociaux, une intense curiosité qui remplace le grand travailleur des 3-6 ans…Résultat des courses, je vais devoir adapter sérieusement notre façon de concevoir l’environnement de la salle d’activités, dans laquelle nous ne nous activons d’ailleurs plus. Trop grand pour sa petite table, Bourgeon préfère la cuisine. Et je vois déjà au travail ces deux tendances s’entrechoquer : autonomie accrue (il déteste désormais que je reste non loin de lui  pour l’aider, préférant que je vaque à mes occupations tout en restant attentive à ses demandes d’aides, alors qu’au printemps encore, il ne tolérait pas que je quitte ne serait ce que de 10 cm sa table de travail) / besoin de contact sociaux et de travail en groupe. Ce deuxième point est assez perturbant après 3 années de travail en 3-6 avec lui. Jusque là, il était vital de lui permettre de se concentrer en silence sur son activité, de lui apprendre à travailler seul, ne pas lui porter d’aide inutile, etc. Et maintenant je vois bien qu’il demande vraiment de faire partie de la troupe, comme il le ferai en classe Montessori. Il a besoin d’échange au sujet de son travail. De faire à plusieurs. Ce matin j’ai innové en prenant la place des élèves, et en travaillant avec lui sur les masculins-féminin, chacun devant un petit tas de billet, et lisant tour à tour pour trouver les billets correspondant. Enfin il a vraiment besoin de faire fonctionner ses mains sur des choses plus complexes : tissage (j’ai acquis chez Opitec un petit métier à tisser de classe), maquettes simples où je le laisse en autonomie pour les gestes, faire la cuisine tout seul, photographier avec mon appareil photo, dessiner sur le motif en forêt, etc.

En 6-9 ans, les classes Montessori commencent à favoriser l’autonomie dans l’organisation des choses et des sorties. Je cherche comment m’y prendre pour lui permettre cela. Nous avons plusieurs sorties prévue ce mois de septembre (tissage en reconstitution médiévale, visite de groupe au parc zoologique de Branféré), cela va être l’occasion pour moi de voir comment je peux lui passer les rênes sur certaines choses (prévoir et préparer les pique-nique ? Établir des listes de choses à emporter et les écrire ? ). Je réfléchi également à l’organisation des matinées formelles d’activités. Comment lui donner là aussi plus d’autonomie sans tomber dans le piège du « trop de choix » qui tue le choix ?

 

 

Préparations de printemps

Ce n’est pas parce que nous sommes enfermés dans notre appartement campagnard que nous allons laisser les choses en friches. Lundi : grand jour ! Nous signons, enfin, pour l’acquisition de notre terrain. En attendant, les tomates poussent sur les étagères, à défaut de serre.tomatesLa conception de la tiny prend du temps, voici le modèle choisi en avant première, la copie en bois d’un vieux four banal (pas dans le sens de banalité, bien sur, mais dans le sens premier de « communs ») du hameau. Je trouve cette architecture particulièrement belle. Le petit bâtiment est à peu près de la taille de la tiny, et l’aspect lauses sur le toit sera adapté à une traduction en bardeaux de bois.

vialard projetCôté création du café, cela avance. Après quelques errements inévitables au sujet des couleurs sur les grands murs (hélas, une couleur en échantillon ne rend jamais ce que l’on attend une fois posée sur une immense surface…), nous avons opté pour un élégant bardage bois ciré, qui redonne une chaleur à ce local trop industriel à mon goût. Nous reste à régler le choix des étagères (bois ? galvanisé ? ) pour les livres. La commande de livres est prête à partir, nous manque encore le fameux sésame professionnel : le numéro de siret ! Sans lui, on ne peut rien commander. N’importe, cela n’empêche pas de préparer les commandes à l’avance. Ouverture, si tout va bien dans le meilleur des mondes, le 15 avril qui vient…

Demandez le programme !

« Que se passerait-il si nous forcions ainsi un enfant de 12 mois , s’élançant pour marcher et explorer son environnement : »Attends ! D’abord, fais moi de exercices de pieds « flexes » et tendus, et pas plus de trente cette année. C’est l’année prochaine que tu apprendras à marcher. »  Sa motricité en serait vivement contrariée. Lorsque la vie s’élance pour conquérir le monde, qui sommes nous pour la freiner ? De quel droit ? Au nom de quoi ? Du programme scolaire ? Il est vraiment temps de revoir nos priorités. Car lorsque nous limitons l’enfant au nom d’un programme préétabli inadapté aux enthousiasmes individuels, ce n’est pas l’enfant que nous limitons, ce n’est pas lui que nous étouffons, mais cette énergie vivante endogène, ce mélange de joie, de fierté, ce sentiment d’invincibilité et de puissance qui porte la formation  de son intelligence, et les plus grandes innovations de notre société. (…)

Je ne le répéterais jamais assez : nous ne connaissons pas les potentiels humains et nous ne pouvons pas les connaitre car nous avons limité leur développement par nos croyances collectives erronées. »

Céline Alvarez « les lois naturelles de  l’enfant »

 

Le cahier d’observations botanique

Notre grand cahier de botanique a intrigué quelques unes d’entre-vous. Alors voici son histoire…La botanique, nous sommes tombés dedans avec mon fils depuis qu’il est tout tout petit. Il avait quelques mois, il pointait son petit doigt sur les plantes du jardin, et je lui donnais le nom exact.2014

                                                    (2012 C’est quoi ça ? Un nombril de Vénus…)

Je lui apprenais aussi celles qui sont comestibles, celles qui sont médicinales, celles qu’il avait interdiction de toucher pour cause de toxicité. Comme tous les enfants, il ramassait des trésors dans le jardin, qu’il ramenait religieusement à la maison. La botanique, c’est ici qu’elle commence. IMG_3402bis

En nous aidant dans le potager également…Planter et semer, arroser, observer, cueillir, déguster…Puis les années ont passé. IMGP84562013

 

 

 

 

(2013 arrosage de la consoude)

   (2013 découverte d’une vesce de loup géante au jardin)

J’ai commencé mon travail de teinturière avec des plantes tinctoriales locales du jardin. Bourgeon m’aidait activement. Je le laissais tester sur des tissus à lui. Il m’a découvert certaines propriétés tanniques de plantes qui m’ont bien servies…IMG_33322013

IMGP8768bis2014

 

 

(2013 Mon travail sur les plantes tinctoriales, 2014 début de patchwork aux herbes à robert)

IMGP87372014                                                              (2014 soie teintée aux oignons rouges)

En parallèle, nous menions les activités Montessori de botanique. Les nomenclatures simples du cabinet de botanique, pour reconnaitre les feuilles. Nous allions chercher des feuilles au jardin pour comparer les formes et retrouver leur nom. Nous avons commencé un herbier que je plastifiais : juste la feuille passée dans la plastifieuse… (Attention, il est important de les faire sécher à plat entre deux journaux avant, sinon les belles couleurs sont cuites immédiatement par la chaleur !). J’avais trouvé chez mon libraire préféré un beau jeu aux éditions Memo : Le mémo des feuilles / Julie Safirstein. memo-feuilles_01-58eb7Une dépliant simple, des cartes de formes de feuilles, leur nom associé, tout à fait dans l’esprit de Maria Montessori. Puis le temps aidant, Bourgeon a su maîtriser son crayon : écrire, colorier devenait moins compliqué pour lui. Lors de nos marche quotidiennes (1h30 à 2 heures), il fallait toujours emporter un sac à dos pour récolter des trésors. J’ai alors proposé le fameux cahier des observations botaniques. Bourgeon avait maintenant 5 ans et demi. Nous étions à la fin de l’hiver, début du printemps. Invariablement, nous ramassions une plante inconnue, en la cueillant sans abîmer les racines. Nous la ramenions, la posions dans un vase et cherchions d’abord à la reconnaitre. J’ai encore ma (très ) vieille flore des années 80, Quelle est donc cette fleur ?  / Dietmar Aichele (Nathan), 9782092786710qui a été réédité de nombreuses fois depuis, et que je trouve d’une utilisation très simple. Les fleurs sont classées par couleur, puis par nombre et forme des pétales. J’invitais mon fils à observer les détails de manière à ce que je puisse trouver la plante dans l’ouvrage. Les premiers temps, je dessinais la forme générale de la fleur que fiston coloriait en respectant le modèle dans son vase .Enfin, il inscrivait son nom botanique et la saison. Lorsqu’il s’est senti à l’aise (quelques semaines plus tard), il a souhaité dessiner lui-même ses observations. C’est ainsi qu’est né le fameux cahier…

 

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Bourgeon était mûr, courant 2016 pour commencer des observations plus fines dans des pots. Nous avons commencé à planter des graines, observer le résultat, le dessiner, le noter jour après jours. Désormais nous utilisons également les petites expériences scientifiques de Maria Montessori, que nous reprendrons au printemps lorsque les graines se décideront à sortir leur museau ! Une chose en tout cas est certaine : il ne faut jamais au grand jamais sous-estimer la capacité de nos enfants à comprendre les très grandes choses. Une des raisons qui m’ont également poussée à faire de l’instruction en famille, c’est que personne n’est là pour nous dire quand il serait bon d’apprendre telle ou telle chose à nos enfants. Nous avons le devoir de nous laisser surprendre par eux, par leur soif d’apprendre, et nous avons le devoir de nourrir cela sans à-priori. Céline Alvarez le souligne très bien dans son bel ouvrage « Les lois naturelles de l’enfant » , nous sous-estimons bien souvent leurs capacités.

Cet hiver qui n’en fini pas de mourir

Chaque année alors que j’entends déjà le passage roucoulant des grues (une bonne dizaine de vols en V cette semaine et la semaine dernière), je me fais la réflexion que l’hiver est comme le Génie du froid de Purcell dans le roi Arthur : il n’en fini pas de ahaner alors que cela sent la fin pour lui…

Et aujourd’hui justement, Père hiver avait décidé de se battre encore une dernière fois contre l’arrivée des beaux jours :IMGP0320bisPendant ce temps, fiston avance sur sa capacité à écrire grâce aux cahiers de Danielle Dumont. Je suis vraiment contente de cette découverte, dont Libellule sur son blog fait une excellente analyse. Après m’être heurtée de plein fouet au constat que fiston faisait plus de la calligraphie (des lettres qu’il tentaient de reproduire au mieux les unes A COTE des autres) que de l’écriture (un fil qui se déroule pour donner un message), justement parce que la méthode Montessori induit cela, je suis contente d’avoir trouvé à temps une méthode qui permette de respecter le rythme individuel de l’enfant tout en donnant l’impulsion nécessaire pour faire écriture.

IMGP0318bis(Bourgeon sur son cahier « CP »)